CIRCONCISION DES PERSONNES ÂGÉES EN MILIEU WAAMA Tout sur une pratique ancestrale qui résiste au temps et aux croyances religieuses

La circoncision des personnes âgées est le rite le plus connu et adopté chez les Waama encore appelés ”Waaba". Cette communauté vivant au Nord-Benin plus précisément dans l'Atacora garde toujours cette culture précieuse des temps immémoriaux. Cette pratique de la circoncision des personnes âgées de la société Waama résiste au temps et aux croyances religieuses. La rédaction aborde tout le contour de cette pratique à travers ce dossier. 

La circoncision des personnes âgées se fait à l'aide d'un objet tranchant (couteau) et consiste à faire l'ablation du prépuce. Elle est une pratique ancestrale qui remonte à l'existence de la société Waaba. On ne saurait dire avec exactitude qui est le premier à faire cette pratique qui est une fête pour les candidats. 


Les Waaba ont plusieurs rites, mais la circoncision occupe une grande partie dans leurs vies. Selon Tchantipo Sotima, socio-anthropologue à l'Université de Parakou (Up) et Président de la Commission Nationale de la Langue Waama, «la circoncision chez les Waaba est un rite très important. Je dirai même que c'est un rite qui est au cœur de la vie humaine. Quand l'individu naît, il fait des rituels mais il se prépare à faire la circoncision et va passer encore le reste de sa vie à payer ou à régler les dettes liées à ce rite. Cela ne se fait pas à l'âge enfant, c'est à l'âge adulte que cela se fait chez les Waaba et c'est un rite qui permet de passer de la classe des adolescents à la classe d'adultes. Elle se fait entre 18 ans à 35 ans au plus».


Pendant la circoncision le candidat doit se montrer serein. «L'individu ne doit pas pleurer, ne doit pas manifester les signes de douleurs au moment où on pratique l'ablation du prépuce. C'est le plus émouvant parce que l'individu attend l'âge adulte pour le faire. Sa bravoure, son courage, sa capacité, je dirai même que le fait de cligner l'œil pendant qu'on est en train de couper le prépuce est considéré comme un signe de faiblesse, comme une manifestation de la douleur, et c'est source d'opprobre, de honte pour l'individu et toute sa famille», a-t-il ajouté. 


Les personnes concernées


La circoncision est un rite qui concernent tous les Waaba a l'exception de quelques uns. Pour le socio-anthropologue, «tous les Waaba généralement sont concernés sauf les Bètiba (les forgerons) qui fabriquent le couteau. Ils disent et pensent que c'est eux-mêmes qui le fabriquent qu'ils ne peuvent plus utiliser ce même couteau pour se mutiler, les databa, les watiba (sauf le roi), les kobaba».


Le bien-fondé de cette pratique


Cette pratique définit l’identité même de cette communauté. «C'est d'abord culturel. Sur le plan cultuel, elle permet de mobiliser ses amis, tous ses parents, pour l'accompagner. C'est pourquoi elle ne se fait pas tous les ans, il y a les périodes pendant lesquelles on le fait. Et aussi quand quelqu'un se circoncit, ça lui permet de changer de statut dans la société Waaba. Un jeune circoncis n'est plus considéré comme un jeune, il est considéré comme un homme, il est respecté», a clarifié Tchantipo Sotima. La circoncision peut se faire individuellement ou en groupe. «C'est aussi économique, car pendant la cérémonie, l'individu c'est-à-dire le candidat reçoit des cadeaux et de l'aide venant de ses proches», a précisé le Président de la Commission Nationale de la Langue Waama.


La circoncision résiste au temps et aux croyances religieuses


La religion et la modernité ont fait que plusieurs personnes ont laissé tomber la tradition. «Avec l’avènement de plusieurs églises, plusieurs ne la pratiquent plus, plusieurs ont commencé par le faire à l'hôpital et déjà même en étant enfants», a en croire le Docteur Tchantipo. Mais, les jeunes ne doivent pas abandonner leur tradition. «La religion ou la modernité ne devraient pas avoir un effet sur nos traditions, car ce sont nos identités et nous ne devrions en aucun cas les abandonner», a-t-il fait savoir.


Tchèsso S. un jeune Waama et ressortissant de l’Atacora âgé de 24 ans a déjà fait l'expérience de la circoncision. «J'ai fait la circoncision, et je sais comment je l'ai fait. Premièrement, mes affaires ne marchaient plus, tout était bloqué, plus rien ne marchait dans ma vie. Je suis cultivateur, mais aucun de mes champs ne produisait plus. Et j'étais vraiment déboussolé», a-t-il justifié. En effet, avant chaque circoncision des consultations sont faites par les parents et garants de la tradition. Pour comprendre si cela sera possible ou pas. S'il n'aura pas de problème au cours de la circoncision, pour mieux prendre les précautions. «C'est ainsi, que mes parents ont décidé d'aller consulter l'oracle et la seule solution pour que tout revienne à la normal dans ma vie c'était la circoncision. C'est comme ça j'ai été circoncis. Et après ça tout est rentré dans l'ordre, j'ai à nouveau des hectares de champs qui produisent énormément», s’est-il confié avant d’ajouter, «j'ai compris alors que la tradition est importante dans nos vies, car elle permet de rétablir l'ordre dans la vie de l'homme», a-t-il ajouté 


Conséquences spirituelles sur l'individu


Lorsqu'un individu ne fait pas la circoncision, sa vie est bouleversée. Les conséquences sont énormes et parfois fatales. «Les personne n'ayant pas pratiqué la circoncision rencontrent des problèmes souvent dans leurs vies. Des maladies, certains sont souvent victimes d'accident par ici et par là, d'autres ont du mal à trouver de femmes à épouser et à avoir d'enfants. Les activités se bloquent sur divers plans», a expliqué Kuika Daniel, un vieux sage.

La circoncision, malgré l'effet de la modernité et les croyances religieuses, est toujours pratiquée chez les Waaba.

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